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Peut-on encore produire des médicaments en France ?

Les Echos
publié le 27 novembre 2015
Par CATHERINE DUCRUET

Ca a fait l'effet d'une douche froide sur les salariés de Sanofi. Mi-octobre, la direction du groupe a annoncé que les usines françaises du groupe allaient devoir améliorer leur productivité de 20 à 25 % d'ici à trois ans afin de l'aligner sur celle des sites d'Europe de l'Est ou d'Espagne. Un processus de consultation des salariés - 5.000, répartis dans 12 usines - a été lancé. « Cette démarche s'inscrit dans le cadre de l'adaptation permanente de l'outil de production au plan mondial », a expliqué Olivier Brandicourt, le nouveau patron de Sanofi, a l'occasion de la présentation, le 6 novembre dernier, de sa stratégie pour le groupe.

C'est en quelque sorte le fameux projet Phoenix de son prédécesseur qui renaît de ses cendres. Il s'agissait alors de céder des produits mûrs. Mais dans le sillage des produits se posait aussi déjà la question des sites où ils étaient fabriqués. Le départ de Christopher Viehbacher avait mis un terme à l'affaire. Mais de manière toute provisoire car « quel que soit son dirigeant, avec une centaine d'usines dans le monde, Sanofi ne peut faire l'économie d'une réflexion sur son outil de production », observe un analyste. « On est dans une problématique de cycle de vie des usines », poursuit-il.

Peut-on encore produire des médicaments en France ?

D'autant que « le groupe est en train de changer de métier », comme l'a rappelé Olivier Brandicourt, avec l'essor des produits biologiques dans le pipeline. Ces derniers ne sont pas fabriqués par synthèse chimique. Comme pour lui donner raison, le groupe Roche annonçait, lui aussi, la semaine dernière, son retrait de quatre sites industriels - dont trois en Europe - fabriquant des petites molécules (obtenues par synthèse chimique) et un plan de restructuration industrielle de 1,6 milliard de francs suisses (1,5 milliard d'euros) d'ici à 2021 qui concernera 1.200 salariés. Le groupe suisse, par la voix de Daniel O'Day, directeur général de la branche médicament, justifie son annonce par son « orientation vers une médecine de spécialités qui se traduit par une diminution des volumes ». En contrepartie, le groupe annonce un investissement de 300 millions dans son site de Kaiseraugst, près de Bâle, qui fait écho à celui du même montant réalisé par Sanofi en 2013-2014 pour reconvertir son site de synthèse chimique de Neuville-sur-Saône en vue de la production de son futur vaccin contre la dengue.

Ces décisions stratégiques signifient-elles qu'on ne peut plus produire de façon compétitive en Europe, sachant que trois des quatre sites visés par Roche et ceux de Sanofi y sont situés ? Patrick Biecheler, associé du cabinet de conseil Roland Berger, spécialiste de l'industrie pharmaceutique, se veut rassurant. « On reste dans une logique continentale où on produit pour la zone où on vend. Les autorisations de mise sur le marché doivent préciser les sites de production utilisés, y compris les sites back-up et de façonnier. » On est donc assez loin des « usines à roulettes » utilisées comme une menace par certains laboratoires dans les années 1980 pour obtenir de meilleurs prix de remboursement. Et l'Europe reste, malgré tout, un marché majeur et une zone avec une tradition de production.

A l'intérieur de ce panorama continental, la France occupe une position particulière car la moitié des usines y est concentrée, mais avec une prédominance de sites chimiques alors que ce sont les produits biologiques qui ont le vent en poupe et une spécialisation dans les formes galéniques les plus traditionnelles. Sébastien Aguettant, qui dirige la société de façonnage Delpharm et a notamment repris auprès de Sanofi son site de Quetigny, plaide pourtant en leur faveur. Il affirme ainsi avoir de « fortes ambitions » pour cette usine. Pour le patron de Delpharm, on a, en France, une main-d'oeuvre et des infrastructures d'excellente qualité, « reconnues par toutes les agences sanitaires, qu'il s'agisse de l'agence japonaise, de l'agence européenne ou de la FDA ». Avec, il est vrai aussi, un coût horaire plus élevé. Alors, pour rester compétitifs, il faut investir et moderniser sans cesse afin de garder une longueur d'avance par rapport aux pays plus low cost. « Pour l'instant ça reste possible », estime-t-il. La preuve : Delpharm a été choisi par des génériqueurs indiens pour produire des petites séries de médicaments destinées au marché européen.

Mais, au-delà des investissements de productivité et de modernisation, pour qu'un site perdure, il faut une stratégie. C'est ce qu'a bien compris Marcel Lechanteur, le président de la filiale française de Lilly. Son site de production d'insuline à Fegersheim, à côté de Strasbourg, a bénéficié d'un programme d'investissement de 91 millions d'euros entre 2011 et 2013. Mais il s'est aussi battu pour que la nouvelle insuline longue durée du groupe, générique du Lantus de Sanofi, y soit produite. Avec, à la clef, un nouveau programme d'investissement de 171 millions d'ici à 2016 pour doubler la capacité de production.

Faut-il se concentrer sur la production biologique et abandonner les sites chimiques à leur destin ? Pour Sébastien Aguettant, ce serait un mauvais calcul. « Les sites chimiques génèrent 80 % de la production en volume et le flux de nouveaux produits biologiques ne suffirait pas à assurer le remplacement », explique-t-il. Ensuite, pour maintenir une activité industrielle, il faut une masse critique de compétences et de savoir-faire. « Si ces sites traditionnels ferment, on la perdra et on perdra, dans le même temps, la possibilité d'accueillir des sites biologiques », conclut Sébastien Aguettant.

Les points à retenirDes groupes comme Sanofi ou Roche ont entamé une révision de leurs capacités industrielles qui pourrait se traduire par des fermetures de sites.
La France est particulièrement menacée car elle concentre beaucoup d'usines chimiques alors que ce sont les produits biologiques qui ont le vent en poupe.
Il faut néanmoins veiller à maintenir un savoir-faire local pour garder un temps d'avance sur les pays low cost.


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